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Fév

Claude Goubeaux & Jean-Marie Vasseur : harmonie

Sommes-nous des artistes apolliniens ou dionysiaques?
« Pour commencer, l’apollinien représente tout ce qui est ordre, équilibre, rationalité, mesure et tempérance. En ce sens, il est intimement lié à l’élan civilisateur humain.
Pour ce qui est du dionysiaque, il représente le chaos, les contrastes, l’exubérance, l’instinctif, le déroutant et le sauvage. »
Ce texte, extrait de Friedrich Nietzsche dans « La naissance de la tragédie » éclaire la question.
Alors, sommes-nous vraiment l’un ou l’autre, ou plutôt les deux à la fois, ou bien l’un et l’autre tour à tour, ou jamais l’un sans l’autre?

Le réalisme, l’hyperréalisme, l’extrême précision du trait, la reproduction fidèle des volumes appartiendraient donc au style apollinien, empreint de rationalité, tandis que l’aléatoire, le libéré, le lâché, l’abstrait définiraient le style dionysiaque.
Lorsqu’un changement de direction survient dans l’inspiration, cela ne signifie pas reniement du chemin parcouru, puisque celui-ci a été nécessaire. Il répond à de nouvelles aspirations.
Pour ma part, j’ai suivi la voie apollinienne comme fil directeur initial. Ce qui est réaliste et rationnel reste un fondement , un élément incontournable dans mes œuvres.  Mais, par ailleurs, mon œil, mon geste aspirent au contraste, à la liberté, à l’instinct et les deux doivent finir par s’entendre.
Ces deux modes picturaux, qui semblent contradictoires, nourrissent mon inspiration.
A l’issue de mes recherches et au fil des ébauches, j’ai travaillé à ce que l’accord s’établisse entre eux. Plus que cela, cet accord doit devenir un tout invisible, indivisible, une harmonie complète.
Ma démarche rejoindrait-elle en cela celle des musiciens qui recherchent une « suprême harmonie », parfois évoquée, cet idéal jamais accessible?
Certes, nos travaux artistiques se construisent sous une dominante, tantôt plus apollinienne, tantôt plus dionysiaque, mais les deux ne cessent de cohabiter, de s’influencer, de se nourrir.
L’exemple de la mythologie grecque peut se retrouver dans bien des domaines puisque l’opposition, la dualité sont une constante. Mais c’est à nous, peintres, dessinateurs, sculpteurs de transformer cet antagonisme en harmonie.